Therians

Therians

Solo pour deux interprètes / Juin 2017 / En tournée

Le noir domine l’image. Seules deux figures se détachent du fond, suspendues à l’instant de la photographie. La première, une forme trapézoïdale blanche, perce une ouverture verticale dans le plan de l’image. Surface lisse diffusant de la lumière, c’est semble-t-il un écran placé à parfait angle droit avec le bord de scène. Vu en perspective, il se dresse comme un monolithe réduit à une feuille de papier. Il absorbe de moitié dans son champ de rayonnement une deuxième figure aux contours courbes, qui se dresse à sa gauche et lui expose le dos. En renvoyant la lumière, les zones claires de celle-ci dévoilent la chair de sa nuque et de ses bras : une silhouette humaine se modèle. Elle reste partiellement abandonnée à la pénombre, face cachée de l’écran-lune. Parti-pris du clair-obscur, des jeux de contraste noir & blanc, et de l’économie visuelle : un geste pictural ou photographique qui s’ouvre bientôt à la sculpture, en taillant les matières.

Libérons-nous du temps figé de l’image, entrons dans la tridimensionnalité et la durée. C’est en s’animant et en se ressaisissant du mouvement que la silhouette humaine – le danseur ? – va véritablement prendre corps et habiter l’image. Habiter les images, devenir surface de projection pour l’œil qui la regarde, la voyant s’humaniser, se transformer, s’animaliser. Observant, hiérarchisant, déduisant, puisant dans un champ iconographique connu, l’œil identifiera probablement des situations et des actions dont il est déjà informé. Si le danseur accélère le rythme, saccade le mouvement, puis l’intensifie et se met en parade, il nous conviera bientôt au cœur d’une vie animale. On lui verra presque déployer un plumage irisé reflétant la lumière. Thériantropie.

L’œil capte et détecte la direction de la lumière : celui qui regarde a donc le pouvoir de faire tableau. Mais qui rend visible, indique le chemin de la lecture, si ce n’est la lumière ? Pour autant, le danseur, en convoquant un imaginaire, et le traduisant dans son langage physique, crée les images.

On nous annonce que Therians est un solo pour deux danseurs. Et si cette surface blanche, majestueuse et irradiante, en servant d’écran au flux lumineux de la projection, était le second ? C’est à elle que l’on confère les pouvoirs de donner du relief, de creuser les zones d’ombre, d’effacer. C’est elle que l’on laisse amenuiser l’espace tangible de la boîte noire, immatérialiser les corps.

Si la lumière faiblit, elle absorbe tout, les volumes et la vision. Et que reste-t-il de l’expérience de réception, l’œil ainsi privé de son travail de déduction logique et de sa capacité d’interprétation ?

Le visible se fond dans l’invisible. L’œil se voit contraint de faire le deuil de formes déterminées, quantifiables et autonomes, d’explorer les espaces qui viennent se loger « entre ». Il doit s’en remettre aux hésitations et aux doutes, s’ouvrir aux possibles dépliés par d’autres manières de sentir.

Recevoir, c’est aussi suivre une autre trajectoire, s’aventurer sur d’autres chemins que ceux de la causalité, circuler dans le flux. C’est s’abandonner à un autre régime de perception propre à générer des états de conscience, à rassembler des images aux qualités autres, uchroniques et génératrices d’espaces intangibles. Entre persistance rétinienne, convocation du souvenir, réminiscence, c’est bientôt une invitation à déambuler au sein d’un répertoire mémoriel individuel et collectif qui est remise au spectateur.

« Spectateur » ? On ne peut plus à proprement parler « observer ». Plongeons donc dans l’obscurité, restons en éveil et tenons-nous à l’écoute de ce qui vibre. Il se pourrait bien que le son s’invite à la danse, en prenne le relai et vole aussi à la lumière son rôle de second danseur. Les conditions sont rassemblées pour nous ouvrir à un mode d’appréhension propre à l’approche animale. Magnifique occasion de transformer notre manière de percevoir le monde et d’entrer en contact avec lui.

Conception

Louise Vanneste

Créé en collaboration avec

Chorégraphie et interprétation Youness Khoukhou et Louise Vanneste

Assistante à la chorégraphie et regard extérieur dramaturgique Anja Röttgerkamp

Scénographie et éclairage Arnaud Gerniers

Musique Cédric Dambrain

Costumes Céline Lellouche

Accompagnement dramaturgique Olivier Hespel

Réalisation des costumes Atelier de costume du théâtre de Liège

Production et diffusion Alma Office : Alix Sarrade, Anne-Lise Gobin et Camille Queval

Une production de Louise Vanneste / Rising Horses

En coproduction avec Charleroi danses / Centre chorégraphique de la fédération wallonie – bruxelles, les Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, le Théâtre de Liège – dans le cadre du Réseau Impact (international meeting in performing arts and creative technologies) soutenu par le programme Interreg v Eurégio Meuse-Rhin, les Halles de Schaerbeek et les Brigittines – Bruxelles.

Avec le soutien de Grand Studio.

Réalisée avec l’aide de la Fédération Wallonie Bruxelles, administration générale de la culture, service générale de la création artistique.

Photo ©arnaud gerniers

Thérians-A-Gerniers-HD

Dates

11, 12, 13 & 14 octobre 2018
21, 22 & 24, 25 novembre 2017
17 novembre 2017

Biennale de la danse Grand Est – exp.édition 2017

Manège scène nationale, Reims, France

13 novembre 2017 > 14 novembre 2017
27 septembre 2017 > 28 septembre 2017

Résister à toute identification de l’objet

Propos recueillis par Wilson Le Personnic. Publié le 26/09/2017 D’origine belge, la danseuse et chorégraphe Louise Vanneste a créé sa dernière…